samedi 24 juillet 2010

Pourquoi je juge le Stress Test des banques européennes plus inquiétant que rassurant…

En février 2009, les américains avaient lancé un Stress Test. Nous avions déjà jugé à l’époque que l’exercice était « gentiment » organisé. Il avait pourtant entraîné la recapitalisation de 10 banques sur 19. Aujourd’hui, en Europe, seules 7 sur 91 seraient susceptibles de faillir en cas de nouvelle crise. Nous doutons fortement de la sincérité de ce résultat et voici pourquoi :

Tout d’abord, comprenons à quoi servent ces stress tests. Ils servent à rassurer les marchés sur la solidité du secteur bancaire. Vous l’avez compris, pour rassurer les marchés, il vaut mieux éviter d’apporter des résultats trop mauvais.

Pour cela, on définit trois scénarios : un scénario de base, un scénario de récession (3 points de moins de PIB que prévu) et un scénario dans lequel interviendrait de fortes pertes sur les emprunts d'État. Mais voilà, ces trois scénarios sont beaucoup trop modérés. Pourquoi aucune hypothèse ne retient le cas d'un défaut de paiement pur et simple d'un pays ? N’oublions pas que cela a failli être le cas récemment de la Grèce (probablement pas sortie définitivement du bourbier comme l’annonce la voix officielle), de l’Islande il y a deux ans (sauvée par la Russie) et que d’autres Etats pourraient connaître cette situation bientôt. Au lieu de cela, les seuils de pertes potentielles retenue sur les dettes souveraines ne seraient que de 8% pour le Portugal et l'Irlande, 5% pour l'Espagne, 2,5% pour l'Italie et…. 17% pour la Grèce. Oui, vous avez bien lu, 17% quand Moody's et Citigroup prévoient 40% !!!

Même avec des scénarios que nous qualifierons « d’un petit peu légers », on risque toujours des surprises, tellement les banques ont pris l’habitude de dissimuler la réalité de leurs situations dans des arguties comptables que les normes « Bâle » encouragent.


Alors, on se souvient de l’existence des banques centrales nationales. On décide que ce Stess Test serait réalisé selon le principe d’auto-correction, ou auto-notation, qui fait que chaque banque effectue ses propres calculs qui sont ensuite transmis à la banque centrale nationale qui les envoie ensuite à la BCE. Cette dernière n’ayant qu’un rôle de compilateur, elle ne peut voir son crédit entamé au cas où un avenir plus ou moins proche venait à contredire les résultats du test. Mais voilà, comme chaque Banque Centrale a sa propre définition des différents indicateurs, elles sont souvent tentées de sauver la face en prenant des critères qui avantagent leurs banques. C'est par exemple ce qui est reproché à l'Espagne. Pour s'assurer un succès, la Banque Centrale espagnole aurait autorisé les banques du pays à comptabiliser les aides du fonds de secours espagnol dans leurs capitaux propres. Or comme le rappelle le journal El Economista, ces aides ne sont que des prêts que les caisses d'épargne devront à terme rembourser...

C’est probablement à ces deux points que le FMI faisait allusion en début de semaine lorsqu’il regrettait « le manque de rigueur et l’opacité » de l’exercice.


Dans ces conditions, c’est sans surprise que la plupart des banques ont passé les tests avec succès.

Dans le détail, les 7 banques sont : l'allemande Hypo Real Estate, les caisses d'épargne espagnoles Diada, Cajasur, Espiga, Unnim et Banca Civica, ainsi que de la grecque ATE (Agricultural bank of Grece). Que du classique.


La France est fière, aucune banque française n’est concernée, Christine Lagarde fait cocorico (raison de plus pour se méfier…), mais qu’en aurait il été si l’hypothèse de défaut de paiement total de la Grèce avait été retenu ?????


En conclusion, ce Stress Test ne va rassurer aucun professionnel. Aura-t-il une influence sur les marchés ? A court terme, impossible à dire, ceux-ci étant parfaitement irrationnels. A long terme, oui, mais plutôt à la défiance qu’à la confiance. Quand un de vos partenaires « truque » des résultats, c’est qu’il a quelque chose à cacher. Même si vous ne savez pas quoi, vous allez prendre des précautions avant de travailler avec lui. Voilà pourquoi je juge ce test plus inquiétant que rassurant.


Addendum:

Nous apprenons aujourd'hui, par le Financial Time, qu'en Allemagne, six des 14 établissements soumis aux tests de résistance se sont abstenus de préciser le risque sur la dette souveraine. Il s'agit de Deutsche Bank, Postbank, Hypo Real Estate, les groupes mutualistes DZ et WGZ Bank, ainsi que la banque publique régionale berlinoise Landesbank Berlin.

Cet oubli volontaire ne fait que renforcer l'impression que les banques allemandes ont quelque chose à se reprocher.

jeudi 22 juillet 2010

Des chiffres qui devraient faire réfléchir nos démagogues de service !!!

ISF 2010: Plus de 1.1 Milliard d'Euros ont été investis dans les fonds propres des PME françaises!

Alors que la chasse aux niches est déclarée et que les démagogues de tous bords s'unissent pour hurler contre les riches qui « échappent » à l’impôt, une de ces niches fait aujourd’hui l’actualité: L’aide aux PME.

Les Français redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ont été particulièrement nombreux cette année à opter pour le financement d'une PME. Une opportunité ouverte depuis août 2007 par la loi « Tepa » qui permet une réduction, dans une limite de 50.000 euros, de 75 % de l'investissement en cas d'investissement direct ou via un holding, et de 50 % par l'intermédiaire d'un placement collectif (FIP, SCPI, FCPR).

Selon un bilan publié hier, il y a eu 140.043 réductions d'ISF pour investissement dans une PME, contre 102.000 en 2009 (et 92.000 en 2008). Le montant des réductions a ainsi atteint 838 millions d'euros, contre 718 millions en 2009. Ainsi, plus de 1,1 milliard d'euros ont été investis dans les fonds propres des PME , contre 960 millions d'euros l'an dernier.

Tout cela n'a pas empêché le produit de l'ISF de repartir légèrement à la hausse, les montants encaissés s'établissant début juillet à 3,29 milliards d'euros, contre 3,13 milliards l'an passé à la même époque (et 3,27 milliards au final). Le chiffre est actuellement provisoire car il manque les déclarations des non-résidents, le gouvernement avait tablé sur un produit de 3,5 milliards d'euros pour l’ l'ISF en 2010. Le nombre de redevables de l'ISF a atteint, lui, 562.000 début juillet, contre 539.000 à la même date en 2009 (et 559.700 au final). Il avait pour la première fois baissé l'an dernier. Le mouvement s'inverse, et le nombre de redevables pourrait même dépasser au final celui de 2008 (565.000).

Malgré ces chiffres largement positifs, certains « responsables » politiques continuent de réclamer la suppression ou le « rabotage » de cette « niche fiscale ». La grande presse, caisse de résonance de la démagogie ambiante, ne se lasse de citer « un coût de 838M€ » de cette mesure. Le coût !

Mais de quel coût parle-t-on? Chacun sait la "facilité" avec laquelle les entrepreneurs français, ceux qui créent et administrent des PME, ont accès aux capitaux et aux prêts des banques ! Même quand l’Etat se mêle de mettre en place des fonds d’investissement, ils achètent à prix d’or des chaînes des fast food (Quick) plutôt que d’aider les petits entrepreneurs !!!! Combien aurait coûter le manque de 1.1 milliard d’€ de fonds propres aux entrepreneurs français ? Combien de points de PIB en moins ? Combien d’emplois en moins ? Combien de prestations sociales en plus ? Là est la vraie question. Mais cette question, curieusement, personne, pas même les instances patronales ne la pose. Il faut dire que si vous réussissez à me citer deux entrepreneurs dans les instances patronales, vous êtes sacrément fort, tous ne sont que des « super salariés » ne possédant rien de l’entreprise qui les emploie, que les stocks options - bonus…


Il est pourtant un homme que j’aimerais entendre sur le sujet. Le « père » des FIP. Celui qui a analysé le problème et conçu ce dispositif qui draine tant de fonds vers l’économie locale et l’industrie de proximité. Philippe Adnot. Sénateur de l’Aube. Que pense-t-il de l’acharnement que ses confrères mettent à démolir son œuvre ? Que pense-t-il des envolées lyriques de son collègue Carez?

samedi 3 juillet 2010

Toujours les mêmes délires au « Casino fou » de la finance internationale!

Voici que nous apprenons, en plein procès Kerviel, au moment où la presse, aux ordres de ses actionnaires, entonne en chœur l'air du « fruit pourri dans un monde merveilleux », au moment où les « instances de la finance » nous assurent que plus jamais un homme seul et sans contrôle comme Kerviel ne pourra « déstabiliser » les marchés.... Qu'un trader de la City, complètement bourré, a, de chez lui, sur son ordinateur portable, pour se fendre la pipe, acheté en deux heures 30% de la production mondiale de pétrole!!!!!


http://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/energy/oilandgas/7864814/Steve-Perkins-the-broker-who-traded-520m-when-drunk-to-resume-career-in-Switzerland.html



L'épilogue de cette histoire est surprenante. Interdit de marché par la FSA pour une durée de cinq ans, notre trader fêtard a trouvé, une semaine plus tard, un nouvel employeur en Suisse: Un courtier en énergies renouvelables. Bon, bien sûr, les beuveries de Berne sont moins réputées que celles de Londres, mais gageons que si nous surveillons de près les cours des « droits à polluer » et des biocarburants, nous ne tarderons pas à voir apparaître quelques effluves pas très « écolos » :-))


Que Mister Perkins ait réussi à faire bondir le cours du pétrole de 2,55$ le baril en deux heures, que son employeur, contraint de liquider la position à perte, y ait laissé quelques 10M$ de plumes, nous importe peu.

Mesures de contrôle bidons, annonces mensongères, c'est bien le système financier mondial qui engendre ces « dérapages ». Il les engendre car il en vit. De temps en temps, un bouc émissaire surgit qui focalise sur sa personne la colère du bon peuple, relayée par la démagogie des journalistes travaillant pour des actionnaires eux-même acteurs de la finance mondiale. Pendant ce temps, le « Grand Casino Fou » continue sa tournée. « En avant petits bolides! on attrape la queue de Mickey! Le vainqueur aura un tour gratuit! » Le seul vrai vainqueur, c'est le propriétaire du manège, exactement comme au casino, le seul vrai vainqueur, c'est le casino lui-même.

lundi 12 avril 2010

Le Ministère du Budget est un menteur!!!!

"Déficit de la Sécu : moins élevé que prévu"


C'est par cette affirmation péremptoire que la plupart de vos journaux, radios, télévisions, ont relayé l'information diffusée par le ministère du budget.


"Le déficit du régime général de la Sécurité sociale s'est établi à 20,2 milliards d'euros en 2009, selon les chiffres "quasi définitifs" du ministère, soit 3,2 milliards de moins que prévu initialement". Tels étaient les termes du communiqué.

Or, c'est un GROS mensonge, et voici pourquoi:

"Initialement": Les chiffres initiaux, c'est à dire ceux inscrits dans le budget de l'État, étaient ceux qui avaient été communiqués par la Sécu elle-même, c'est à dire.... 8,6Mds€ (Vérifiez par vous-même, c'est page 46). Le déficit définitif est donc de 2,35 fois supérieur à celui qui été "prévu initialement".

D'où provient cette "erreur"? D'un "coup de com" qui a consisté à faire au mois d'octobre dernier une prévision alarmante permettant de présenter aujourd'hui le résultat (catastrophique) comme moins grave que prévu....

J'affirme donc que le Ministère du Budget (qui sait, bien évidemment qu'un écart se calcule par rapport au budget voté par les représentants du peuple, députés et sénateurs, et non par rapport à une déclaration faite à des journalistes) a sciemment, consciemment MENTI.

Corolaire: Les journalistes sont des ânes qui se sont contentés de braire en chœur le refrain qui leur avait été fourni, sans « investigation » aucune!

mercredi 10 mars 2010

Toujours plus, toujours mieux…. Dans la démagogie !

C'est aujourd’hui que les milliers de salariés de la banque d'investissement de la Société générale vont savoir à combien se monte leur rémunération variable au titre de 2009. Vendredi dernier, c'était chez BNP Paribas. Pas de surprise, les bonus annoncés sont nettement inférieurs à ceux des banques anglo-saxonnes.

Histoire d’alimenter la démagogie et les réactions scabreuses des jaloux de tout poil, la BNP et la Socgen ont « lâché » leurs deux plus gros bonus : 10M€ pour BNP ; 6.5M€ pour Socgen. Bien évidemment, ces deux là ne sont peut être pas trop à se plaindre de la comparaison avec leurs homologues des banques étrangères, mais ils ne sont pas représentatifs de l’ensemble des rémunérations.

Il faut reconnaître que la partie n’a pas été facile à jouer pour les banques françaises qui durent concilier deux impératifs opposés : contenter une opinion publique indignée et chauffée à blanc par un corps de politiciens démagogues et, en même temps, payer suffisamment les professionnels, dont beaucoup ont réalisé une année record, pour qu'ils ne soient pas tentés d'aller à la concurrence. Nouveau cette année, il leur a fallu passer par les fourches caudines de Michel Camdessus, dit « le Tsar des rémunérations» nommé par Nicolas Sarkozy, le Président qui s’était augmenté de 184% lors de sa prise de fonction.

Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI, devait s'assurer que les rémunérations variables proposées par les six banques françaises ayant bénéficié du soutien public respectaient les règles du G20 (une partie du bonus en cash, le reste versé de manière différée, en partie en actions, sous condition de performance).

Reste à savoir maintenant si les montants offerts vont satisfaire les meilleurs mercenaires quand les banques anglo-saxonnes, elles, appliquent les règles avec moins de rigueur. Nous avons bien des exemples (encore aujourd’hui avec le marché des avions ravitailleurs américains) où la France perd beaucoup à jouer l’angélisme quand personne, en face, n’est sur le même registre !

jeudi 4 mars 2010

Le Photovoltaïque est il un bon investissement ?


Pas si sûr !


Deux raisons nous amènent à prôner la plus grande prudence à nos clients : Les risques d’arnaque ou d’incompétence (qui se multiplient), et le montage économique qui ne semble pas pérenne, c’est le moins que l’on puisse dire !


Les risques d’arnaque ou d’incompétence :

Il y a régulièrement des secteurs du commerce qui connaissent un véritable boom. Cela ne veut pas forcément dire que nous sommes en présence d’une escroquerie, mais qu’il faut se méfier car à chaque fois qu’il y a beaucoup d’argent à gagner, les escrocs sont présents. C’est ce qui se passe aujourd’hui avec le solaire photovoltaïque. Entre les présentations dithyrambiques des démarcheurs, qui vont parfois jusqu'au mensonge, et le manque de formation des installateurs, ce jeune marché de l'investissement des particuliers en panneaux solaires présente toutes les caractéristiques d'un Far West où les pigeons se font plumer à tire d’aile.

Depuis 2007, entre 2 000 et 4 000 sociétés nouvelles se sont créées chaque année en France pour satisfaire une demande qui a décuplé. L'ampleur des subventions versées appâte les entrepreneurs, qui se dépêchent d'augmenter leurs prix pour dégager des marges volumineuses. Ils savent pertinemment que cette manne financière ne durera pas. En Allemagne, où le marché est mature et où la concurrence est sérieuse, un matériel standard est vendu de 6 000 à 10 000 euros moins cher qu'en France.

Lire à ce sujet : http://www.lexpansion.com/patrimoine/immobilier/la-societe-bsp-palme-d-or-de-l-arnaque-au-solaire_227724.html

L’arnaque n’est pas le seul danger. L’incompétence est aussi fréquente. Les nouveaux entrepreneurs du solaire qui, hier, vendaient des chaussures, des salons, des vérandas, des abris de jardin ne sont pas toujours au top de la technique photovoltaïque. Les exemples de panneaux montés à l’ombre, de toits qui ne sont plus étanches après le passage des installateurs, d’onduleurs jamais installés, d’inclinaisons farfelues des panneaux sont légion.

Le montage économique :

L'installation a une durée de vie d'environ vingt-cinq ans pour les matériels les plus performants (rarement les plus vendus). Que sait on du coût d’entretien de ces installations durant les 20/25 années ? Rien. Que sait on de la surprime d’assurance pour couvrir le risque de vol sur ce genre de matériel exposé ? Rien. Votre maison est-elle conforme aux normes exigées en matière d’isolation ? S’il vous faut changer les fenêtres ou refaire l’isolation extérieure (même avec de nouvelles subventions), la facture risque d’être salée.

Aujourd’hui, les aides régionales et gouvernementales (un crédit d'impôt couvrant la moitié des coûts de l'équipement et plafonné à 8 000 euros pour une personne et à 16 000 euros pour un couple) et les conditions avantageuses de rachat de l'électricité par EDF (vous en trouverez le détail sur Ma Vie Mon Argent : http://www.maviemonargent.com/lexique.html/v ) permettent de « rembourser » l'investissement après une grosse douzaine d'années d'exploitation (tout dépend de la pertinence de l’installation et de l’ensoleillement de votre région). Ensuite, c'est tout bénéfice pour l’investisseur, qui peut alors compter sur une rente annuelle comprise entre 1 200 et 2 000 euros, toujours selon la performance de l'installation et la localisation géographique. Douze ans de patience, donc, quand tout va bien.

Mais ce calcul n’a des chances de tenir que dans la mesure où EDF continue de vous payer l’électricité produite plus du double du prix auquel …. Elle vous le vend !!!! (sic) Ce genre de situation de vente à perte, situation « anti-économique » par excellence NE PEUT PAS DURER . La preuve, les tarifs 2010 sont déjà inférieurs à ceux de 2006. Et EDF ne s’engage à vous les garantir que jusqu’en 2012. Qu’adviendra-t-il après ?

« Le bon sens » nous dit que lorsqu’un montage économique est illogique et que sa garantie est d’une durée largement inférieure à celle qui est nécessaire à son retour sur investissement, il est sage de s’abstenir. En termes patrimoniaux, bien sûr. Si maintenant, pour des raisons de conviction vous souhaitez participer au développement de la production solaire d’électricité, nous ne sommes pas sur le même terrain.

Dans ce cas, prenez néanmoins soin de bien choisir votre prestataire !

Malhonnêteté de l'alternative "Prélèvements ou misère"


En réponse à un de mes articles concernant l'impérative nécessité de supprimer au plus vite les charges qui pèsent sur les salaires et le travail en France, un lecteur a laissé le message suivant:

"Remettre en cause l'essentiel des prélèvements obligatoires, c'est remettre en cause entre autre, les politiques solidaires, de redistribution, et territoriales.
La sauvegarde de l'industrie doit elle conduire à aligner ces politiques selon les critères Chinois, Indiens et autres ? La lutte contre la pauvreté passe t elle par moins de social, et des alignements salariaux et sociaux sur les mêmes bases que les pays ci avant ?
Si vous me dites oui, alors vous serez cohérent avec les termes de votre analyse."

Telle fut ma réponse ("courte", comme toujours :-)) )

Je vous dis "non". Et je vous invite à croire que la réflexion, en particulier politique et économique n'est pas "manichéenne", mais qu'au contraire les pistes sont multiples.

D'ailleurs, vous citez des pays qui sont en voie de progrès social et économique (en ce qui concerne la Chine, c'est d'ailleurs le pays au monde où le niveau de vie progresse le plus vite. Depuis quand? Depuis qu'il rompu avec l'idéologie de répartition directive et étatique). Je vous invite d'ailleurs à réfléchir sur le fait qu'il n'y a pas de progrès social sans progrès économique.
La question qui vient à l'esprit: Peut il y avoir progrès économique sans industrie? Les pays qui ont choisi cette voie (UK, France par exemple) souffrent beaucoup plus de la crise que ceux (Allemagne) qui ont su conserver leur industrie. En effet, le progrès économique trouve sa source dans la plus value redistribuée. La création de plus value n'est pérenne que sur des activités "hard" (mortar), alors que les plus values "soft" (click, know how, finances) ne sont qu'éphémères. De plus, la redistribution (à travers la rémunération du travail) "arrose" une plus grande masse en activité "hard" que "soft". Chacun sait que c'est la réinjection dans le circuit de la consommation des plus values redistribuées qui créent le mouvement. La même somme réinjectée par un grand nombre génère plus de mouvement (donc un plus grand développement social) que réinjectée par un petit nombre.

Lorsque la France tue son agriculture et son industrie (politiques des années 70-2000), elle tue à moyen terme sa capacité à générer des plus values pérennes. On peut rêver (Chirac) d'en faire un parc d'attraction touristique, on peut rêver (Mitterrand) d'en faire un acteur majeur du savoir faire. Dans un cas on paupérise la population, dans l'autre on sous estime la capacité des pays émergents (ex: la Corée) à combler le fossé.

Concernant votre argument selon lequel la réduction des prélèvements obligatoires entraînerait de facto une réduction des salaires et des prestations sociales au niveau des pays émergents:
Je ne reprendrai pas la démonstration de "l'impôt tue l'impôt" qui est désormais trivial. Je vous inviterai simplement à réfléchir à ceci:

Notre système de protection social est tout entier couvert par des cotisations prélevées sur la plus value générée par les travailleurs français.

En lisant attentivement ceci, vous voyez tout de suite où le bat blesse:

Tous les produits importés sont exempts de ces prélèvements.
Tous les produits français vendus à l'étranger sont grevés de ces prélèvements.

Le simple "bon sens" économique amène n'importe quel producteur français.... à produire à l'étranger afin de ne pas subir le "surcoût" de la protection sociale française et pouvoir vivre la concurrence avec sérénité et à armes égales. Moyennant quoi, le cout de la protection sociale étant proportionnel à la population et non à la production, nous nous retrouvons chaque année avec un cout plus ou moins constant réparti sur une plus value en diminution. L'imbécilité ambiante résout le problème par... une augmentation des taux, ce qui entraîne une aggravation du problème et une part de plus en plus importante de l'industrie française touchée par le phénomène des délocalisations.

Ne croyez pas, M. Norab, que les entreprises qui partent depuis quatre ou cinq ans en Chine le font parce que les prix de production ont baissé là bas! Non, ils ont au contraire considérablement augmenté. Mais nos coûts, ici, ont augmenté plus vite du fait de l'alourdissement des prélèvements obligatoires. Malgré l'augmentation considérable des couts de production dans les pays émergents, ceux ci deviennent (je dis bien deviennent) attractifs pour des entreprises françaises qui ne se posaient pas la question il y a 10 ans. Alors?


Alors, il existe bien des alternatives. Celle que je privilégie, pour ma part, est la répartition du cout de la couverture sociale par la ponction sur la consommation.

Quelque chose comme l'affreuse "TVA sociale".

Plus vous consommez, plus vous participez au cout de la protection sociale. Quelle que soit l'origine du produit que vous consommez, quelle que soit l'origine des fonds que vous dépensez (salaire, travail au noir, héritage, revenus fonciers ou mobiliers, allocations...), dès lors que vous consommez, vous payez.

Le cout de la main d'œuvre française diminuera considérablement (pas tout à fait 50% qui est le coût des charges actuelles car ce passage d'un système à l'autre devra s'accompagner d'une valorisation de 10 à 20% environ des revenus nets actuels) rendant ainsi les produits français plus concurrentiels sur le marché intérieur (les produits étrangers augmentant du cout de la TVA sociale et les produits français connaissant un cout de production plus faible) mais aussi sur les marchés étrangers. Dès lors, la production industrielle en France retrouvera son attrait. La création d'emplois contribuera à alléger le coût de la protection sociale, l'augmentation de la consommation consécutive à la reprise de l'emploi permettra le financement de nouvelles mesures sociales...

Qu'en disent les détracteurs?

Argument de la gauche démago contre ce type de projet:

Les petites gens cotiseront proportionnellement autant sinon pus que les riches.
Faux.

Les petites gens qui travaillent cotisent aujourd'hui beaucoup plus que les riches: 80% de leur revenus (50% en cotisations salariales, 20% de ce qui reste en TVA (je sais, l'alimentation c'est 5.5%, mais l'essence et les cigarettes c'est plus de 80% et le loto et le pmu c'est 50% et la proportion de ces dépenses dans un petit budget est considérablement plus importante que dans un gros), auquel vous ajoutez la taxe d'habitation, l'IRPP, les taxes sur l'eau, sur la répurgation, sur l'audio-visuel, sur internet, sur l'alcool etc etc..
Le poids relatif de la protection sociale sur les travailleurs pauvres diminuera au contraire avec mon système.

Le vrai problème se posera pour les allocataires.
Trois formes de réponses: Les allocataires professionnels devront être aidés à choisir une autre voie. Les allocataires sans emploi devront être aidés à profiter de la reprise économique. Les allocataires définitifs (retraités sécu, handicapés etc...) verront leurs allocations augmentées en proportion.... en attendant la mise en place de nouvelles mesures (revenu universel..)

Argument de la gauche socialo communiste:

Ce système marque la fin du système de gestion paritaire et l'étatisation du système social.
Vrai.

La parité ne fonctionne pas, c'est le moyen pour un certain nombre d'administrateurs inutiles (syndicalistes choisis par copinage, faux patrons en mal de statut social) de toucher des revenus confortables, des régimes de retraites dérogatoires, de faire vivre une administration pléthorique, le tout avec les cotisations des travailleurs. Au bout du compte, quand il manque de l'argent, qui met la rallonge? Le budget de l'État. Autant que ce soit lui qui gère le tout.


Argument de la droite gestionnaire (et de la gauche du même nom, en fait des énarques).

Le système actuel permet de dissocier les comptes sociaux du budget de l'Etat et donc de sous évaluer le déficit et l'endettement à l'égard de nos partenaires européens et de la Commission de Bruxelles.
Vrai.

Mais personne n'est plus dupe de cette situation qui est régulièrement opposée à nos dirigeants par leurs partenaires étrangers et que l'on voit quasi quotidiennement dénoncée dans la presse étrangère (comme dernièrement quand le Pdt Sarkosy se permit des allusions sur le déficit grec). Et puis moi, j'estime que la politique de la France doit se décider à Paris et pas à Bruxelles. De plus, maquiller les comptes, ça va un moment, mais il va bien falloir un jour mettre cartes sur table et jouer "franc" jeu.


Voilà, cher Norab. Je ne sais pas faire court quand le sujet est intéressant. J'espère en tous cas, même si je ne vous ai pas convaincu de la validité de mon raisonnement, vous avoir montré que le sujet n'est pas aussi simpliste que "c'est ça ou la misère" que nous rabâchent à longueur de journée ceux dont les arrières pensées sont tout autres.

Il existe de multiples solutions.

Cordialement,